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22.03.2007

Drancy ABDEL SADI interview Kabyle.com

Abdel SADI : le communiste non pratiquant.


En plus de la devise républicaine, il a fait sienne celle de rester accessible au grand public tous les jours ouvrables de l’année. Ainsi son bureau est une « opération porte ouverte » avec ou sans RDV. Il parait que ça aide à éviter d’avoir la grosse tête et force à l’humilité.

- Entre l’internationalisme communiste, une histoire personnelle de fils d’immigré kabyle et son attachement à la France, une douce confusion pimente le parcours atypique de cet élu de la République.

Abdel Madjid SADI premier adjoint au maire de la ville de Bobigny, 44 318 habitants. Conseiller général de la Seine St Denis, 1 459 000 habitants. Candidat aux législatives de juin 2007 dans la circonscription Bobigny Drancy. Chargé de reconquérir cette terre, jadis prolétarienne perdu par la gauche. Soutien de Mme Marie George Buffet candidate communiste à la présidentielle Française.


Kabyle.com : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, c’est qui A. SADI ?

Abdel SADI : Je m’appel Sadi Abdel, je suis né à Paris dans le dixième arrondissement, j’ai vécu une grande partie de ma jeunesse à La Courneuve. Par la suite je suis venu travailler sur la ville de Bobigny dans l’animation. En parallèle, j’ai poursuivis mes études à l’université de Paris VIII, d’où je suis sortis avec un DES en « administration économique et sociale ». J’ai travaillé comme animateur au centre de loisir de la ville, au « club ados » au service municipal de l’action en direction de la jeunesse.
En 1995 on m’a proposé d’être sur la liste de la majorité municipale de gauche avec le maire de l’époque Georges Valmont qui était également président du conseil Général. J’ai accepté le poste de maire adjoint à la jeunesse. C’est comme ça que j’ai commencé mon parcours en politique. Tout en sachant que pour moi que quand je parle de la politique, ça veut dire : s’intéresser à la vie de la cité, ou dans un autre sens à la vie de la ville. Parce que je n’ai jamais milité au sein d’une formation politique. Je suis foncièrement à gauche, je suis toujours présenté par le parti communiste.

Kabyle.com : Vous n’êtes pas encartés ?

Abdel SADI : Non je n’ai la carte du parti, d’ailleurs c’est à cette condition que j’ai accepté de rentrer en politique. A ma façon et dans le cadre de mes activités envers la jeunesse en tant qu’animateur.

Kabyle.com : Qu’est ce qui vous répugne le plus dans les partis pour prétendre s’engager politiquement sans forcément appartenir à une formation politique classique ?

Abdel SADI : On peut faire de la politique sans avoir une carte, il y a beaucoup d’habitants de cette ville qui ont crée des associations sans être encartés. Ils participent pleinement à la vie de la cité, ils s’investissent et mènent des actions. Nous travaillons ensemble et nous partageons des valeurs fortes qui nous sont communes, au-delà du parti politique. Bien évidemment à gauche, avec une préférence pour le parti communiste. Aussi par rapport à l’histoire de nos parents, en tous les cas de mes parents. Leur arrivée dans les années soixante pendant la guerre d’Algérie. Le fait aussi qu’ils soient accueillis par des élus de proximité et de terrain proches des habitants à La Courneuve. Ces élus qui étaient également contre la guerre d’Algérie. C’est vrai que cette dimension autour des valeurs de solidarité et d’entre aide a fait mon cheminement à coté des valeurs communistes.

Kabyle.com : La réussite d’un homme ou d’une femme issu de deux marginalités qui sont l’immigration et la banlieue francilienne, strasbourgeoise… est conditionnée par au moins deux impératifs : l’instruction acquise à l’école et l’éducation reçue des parents. Comment sont les vôtres (parents) ?

Abdel SADI : Tout d’abord pour moi l’instruction, c’est l’école mais pas simplement l’école. Ce qui participe à l’éducation et au développement de la personnalité de l’individu, c’est l’ensemble des influences qui se conjuguent au sein de l’être et participent à sa construction et structuration sociale. L’école évidemment joue un rôle important et avec la famille elles constituent le socle de cette construction. Vient après les amis, le groupe de copains… etc.
Dans ma famille tous mes frères ont passé le BAC et je me faisais un devoir d’obtenir ce concours. On m’a toujours appris qu’il faut étudier apprendre au quotidien. Toute mon enfance était bercée par cet état d’esprit. J’ai aussi appris avec les autres, l’école de la vie, ou plutôt l’école de la rue, l’école du quartier, l’école de la ville, sont aussi fondamentales que tout le reste.
Il y a aussi le parcours plus personnel. Comme j’ai e u un cursus universitaire relativement long Bac+4, il a fallu aussi travailler pour gagner en indépendance.
J’ai commencé à travailler à 16 ans et demi à Aubervilliers dans un centre de loisirs. Je donnais un coup de main au sein d’un atelier de poterie. J’y suis resté un bout de temps. Après j’ai fait une brève escale par La Courneuve (ville de mes parents) avant d’atterrir à Bobigny’ il y a de cela un long moment. Jusqu’à ce jour je continue à travailler pour les Balbyniens et les Balbyniennes.

Kabyle.com : Quels sont vos projets dans l’immédiat ?

Abdel SADI : Je suis candidat aux législatives du 17 juin dans la circonscription Drancy Bobigny face au député sortant Mr Lagarde (UDF). Je remplace feu Bernard Birsinger, qui était à mon avis et aux yeux des militants communistes, des progressistes et de la gauche antilibérale en général le candidat légitime à ce poste. Un grand homme de la gauche…

Kabyle.com : et un grand ami de la cause berbère.

Abdel SADI : Effectivement et mon amie Farida Djounadi du CAB pourra vous en parler. Un homme de conviction, qui avec le maire Mme C. Peyge et moi nous continuerons à défendre. Pour ma part, je défends ces valeurs que nous partageons avec un certain nombre d’habitants de cette ville.

Kabyle.com : A l’occasion de la campagne pour les présidentielles, vous allez vous retrouvez avec la candidate du parti communiste Marie George Buffet sur le terrain. Comment vous appréhendez ce moment, quand il faut mener une vraie campagne politique avec un programme et une stratégie. Démarche différente de la gestion au sein du conseil communal en tant que maire adjoint ?

Abdel SADI : D’abord je ne considère pas que je fasse de la gestion, mais je me considère comme quelqu’un qui fait de la politique. Parce que comme je l’ai rappelé tout à l’heure, la politique n’est liée juste au fait d’appartenir à un parti politique. On fait de la politique dans notre quotidien, quand on lutte contre les expulsions. Quand on dit qu’il est indécent que des familles vivent dans des conditions indignes en 2007. Les jeunes qui activent au sein d’une association font de la politique à leur façon. Si aujourd’hui je soutiens Mme Marie George Buffet c’est parce que le parti communiste défend des valeurs qui sont proches des miennes. Des valeurs d’égalité, de solidarité de citoyenneté de fraternité. Ce n’est pas simplement des mots, parce que certainement à droite comme à gauche on peut se retrouver autour de ces valeurs. Après les mots il y a les actes du quotidien. Les élus de ce département partagent un quotidien fait d’arrêtés anti-expulsion, aller jusqu’à s’opposer physiquement, les arrêtés anti-coupure d’électricité, de gaz…etc
C’est ça la réalité de notre quotidien qui fait mon engagement.

Kabyle.com : Que reste t-il de l’idéal communiste ?

_ Abdel SADI : Il est là l’idéal communiste. C’est le combat contre l’injustice sociale, contre la misère. Je me sens un révolutionnaire, mais qui vit au présent, à Bobigny dans un département de la Seine St Denis et qui a envie de faire évoluer les choses. Pour se faire, ça passe pas toujours par une prise de pouvoir, mais en essayant d’associer tout le monde. Ceux qu’on appelle aujourd’hui les experts du quotidien c’est-à-dire les habitants. Car la prise de pouvoir n’est pas une fin en soi, ni un préalable. L’idéal c’est de partager des valeurs avec les habitants de cette ville de ce département et de pouvoir prendre les règnes pour les réaliser. Non pas prendre le pouvoir à des fins de dominations. Montrer qu’il autre chose que le règne de l’argent.

Kabyle.com : Les villes, à forte concentration de français d’origine… qui jadis faisaient un triomphe électorale aux candidats communistes, aujourd’hui « tombent » une par une au centre ou carrément à droite. Selon vous, la faille de la gauche antilibérale, se situe à quel niveau ?

Abdel SADI : C’est difficile à évaluer ou à expliquer. On mène un travail important dans nos villes, on ne peut pas dire qu’on part de rien ou que rien n’est fait envers l’ensemble des populations. On ne fait pas dans le communautarisme, car ceux qui développent cette option, un jour ou l’autre vont se retrouver en face de difficultés. Notre objectif n’est pas de créer des oppositions mais de travailler avec l’ensemble. Cette démarche me parait le socle minimum commun. Vivre ensemble, sans évidemment aliéner les différences qui font les spécificités de tout un chacun. A Bobigny on ne peut pas dire qu’on n’a pas pris en compte la question des discriminations, du racisme, du droit de vote des étrangers. D’ailleurs on n’a mis en place une consultation, et non un referendum. Pendant une semaine les habitants, les travailleurs, et des simples gens de passages dans cette ville ont pu s’exprimer et donner leur avis. Il y a un certain nombre de questions et de réflexions qui sont posés par les gens et les habitants de Bobigny. Ceci dit qu’on sent une coupure, mais cette coupure n’est pas propre à notre ville. Le fossé qui existe entre les banlieues, les jeunes et les habitants de ce département en général est dû aux questions et aux préoccupations auquel les politiques n’ont pas su répondre par les actes. Parce que il n’y a pas pire qu’un politique qui promet des choses qu’il ne pourra pas réaliser.
En plus aujourd’hui malheureusement ni le parti communiste ni moi ne sommes au pouvoir. Nous avons un président de la république Jacques Chirac, qui a dis qu’il est là pour réduire la fractures sociale. Douze ans après, on en est où avec cette fracture sociale ?

Elle est béante cette fracture dans notre département. On se retrouve avec des populations d’origines roumaines, bulgares… qui viennent en nombre et qui se retrouvent dans des conditions déplorables, qui souffrent dans des bidonvilles. Alors qu’on croyait que ces bidonvilles appartenaient au passé et qu’ils ont été résorbés depuis les années 60 et 70. Aujourd’hui encore dans notre département nous assistons au retour de ces taudis. Des gens qui sont exploités par le patronat qui trouvent une main d’œuvre bon marché.

98% des gens qu’on reçoit dans nos permanences viennent poser le problème du logement social. Comment faire pour répondre à ces préoccupations. On nous a parlé du droit opposable, c’est extraordinaire qu’à quelque mois de l’élection la droite fait voter une loi que tout le monde sait inapplicable. Parce que la loi déjà existante sur les 20% de logements sociaux obligatoires imposés aux communes n’est pas respectée. Des maires de droite disent clairement qu’ils ne souhaitent pas construire des logements sociaux. Moi je considère avec Catherine Peyge, notre maire, qu’il faut aller plus loin. Rendre inéligible les maires qui ne respectent pas cette loi. Parler de la mixité sociale tout le monde est d’accord. Mais aussi tout le monde sait que c’est de la supercherie et de l’hypocrisie. Ces ruptures et ces cassures sont dues à la difficulté de vivre des gens. Au fait aussi que ces gens ne peuvent plus se projeter dans l’avenir, encore plus grave le travail n’et plus synonyme de réussite sociale. Du jour au lendemain des milliers de gens peuvent se retrouver à la rue.

Kabyle.com : Pourquoi selon vous, il faut voter pour la candidate communiste Mme Marie George Buffet ?

Abdel SADI : Parce que si on veut vraiment avoir une politique de gauche dans ce pays, il faut avoir d’abord un parti communiste fort. Au-delà, il faut aussi prendre en compte toutes les forces antilibérales dans notre pays. Il faut rappeler la victoire du NON au referendum sur la constitution européenne.

Si on veut réellement peser politiquement à gauche du parti socialiste, nous devons avoir une gauche antilibérale forte. Moi j’ai des inquiétudes qu’une partie de la droite et du parti socialiste se retrouvent autours d’un projet commun destructeur de nos valeurs et de tout ce qu’on défend.

En France il y a une gauche bien ancrée qui est celle de Marie George Buffet. Elle a été ministre de la jeunesse et des sports et on a bien vu le combat qu’elle a mené. Notamment sur la place de la femme, et le combat des violences faites aux femmes.

Puis il y a des éléments du parti socialiste qui sont prêts à s’allier avec la droite. Ouvrant le chemin aux thèses de Bayrou qui dit « ni gauche ni droite ». Thèses héritées de l’extrémiste Le Pen, qui depuis des années nous tient le même discours. Si par malheur demain Bayrou arrive au deuxième tour, c’est bien sur avec l’UMP qu’il fera un bout chemin. Comme c’est le cas de toutes les villes qu’ils co-dirigent en étroite collaboration. C’est tout ça l’hypocrisie du débat politique d’aujourd’hui, qui veut faire croire que la droite et gauche peuvent travailler ensemble. Pour moi la droite c’est la droite, et je suis là pour m y opposer résolument.

Kabyle.com : Les politiques de gauches ont tendance à privilégier un certain clientélisme à l’égard des nord-africains. Des voix contre une mosquée, des voix contre un soutien pour le port du voile…quand est ce les gouvernements et l’opposition de gauche comprendront que les français d’origine Berbère ne demande ni plus ni moins que les devoirs et droits que ceux des autres issus de l’immigration polonaise, portugaise, hongroise ?

Abdel SADI : On ne fait pas dans le clientélisme, on vit dans un pays avec des populations diverses. On a un socle commun c’est la République. Elle est Une et indivisible. Elle est effectivement composée de gens qui partagent des réalités différentes. Cette différence est aussi une richesse de la France, celle dont vous parlez quand vous abordez la question de le berbérité, des religions : musulmane, chrétienne, orthodoxe, juive ou tout simplement des gens qui ne croient pas. Parce que eux aussi participent à cette réalité. Toutes ces composantes ont le droit à être lisible dans leur espace, dans l’espace public ou plus largement dans notre société. Je ne suis pas en train de dire que les arabes sont tous des musulmans, il y a des juifs des chrétiens arabes. Je veux simplement dire que ce n’est pas du clientélisme d’accompagner la communauté musulmane, parce je trouve indigne que les musulmans prient dans des caves. Qu’est qu’il faut faire, fermer les yeux et laisser des milliers de gens prier dans des caves. Laisser nos mamans prier dans des conditions indignes.

Non, je dis non toutes les communauté y compris la communauté musulmane, ont le droit au respect. Donc on travaille de la même façon avec toutes les communautés dans le respect mutuel. Il y en a qui sont tentés par le communautarisme et le clientélisme, mais ce n’est pas notre projet à Bobigny. Notre projet c’est prendre en compte les femmes et les hommes de cette ville quelque soit leur origine, religion, culture ou philosophie.

Kabyle.com : Sur le terrain les discriminations sont flagrantes, aucun organisme pour prendre en charge la culture et la civilisation berbère. Même si les valeurs de cette civilisation sont compatibles avec la république laïque, contrairement à d’autres.

Abdel SADI : Heureusement qu’elle est compatible. Il y a beaucoup d’associations dans notre département avec lesquelles nous travaillons depuis de nombreuses années, comme le CAB (collectif amazigh de Bobigny). Qui au-delà du folklore essaye de mener un combat d’idées.

Kabyle.com : Mais les associations sont des initiatives de militants de cette cause avant tout. En gros que fait la République pour la culture d’origine de deux millions de citoyennes et citoyens français ?

Abdel SADI : On doit tous être sur le même pied d’égalité, berbère ou autre. Ce qui doit être fait le sera pour tous, même si moi aussi je suis berbère. Si nous voulons vivre ensemble, nous devons avoir des exigences qui soient les mêmes pour tous et toutes. C’est pour ça que je souhaite que la question de la berbérité, soit portée comme le sont l’ensemble des préoccupations de cette ville. Pas plus ni moins.

Aujourd’hui en France il n’y a pas une maison pour le breton l’occitan ou le corse. C’est en œuvrant dans le bon sens, qui fera dans les années qui viennent qu’on reconnaisse cet aspect des choses. Ce qui n’est pas toujours le cas chez les berbères. Les uns tirent d’un coté et le autres dans l’autre. C’est ça aussi la vision berbère, qui aujourd’hui sont partout.

Kabyle.com : Le débat nous amène inévitablement au problème des sans papiers kabyles, victime de la complicité de la françalgérie. Entre 2001 et 2002 pendant le printemps noir, le gouvernement Jospin avait accordé massivement des visas de court séjour aux jeunes kabyles pour desserrer l’étau sur le pouvoir algérien. Etes-vous prête à plaider politiquement cette cause ?

Abdel SADI : Cette cause nous la plaidons depuis toujours. Avec Catherine Page la maire de Bobigny, nous disons clairement qu’il est obligatoire de régulariser tous les sans papiers. C’est des femmes et des hommes qui vivent dans nos villes et qui participent à la vie de la nation et qui se battent. Ça me parait une évidence qu’il faille sortir la tête haute de cette épreuve.

D’abord la France a besoin de cette main d’œuvre qui vient de l’extérieure. Elle ne peut pas se suffire à elle seule. Secondo la population vieillit de plus en plus, et ça tous les experts s’accordent à le souligner. Si aujourd’hui la France se tourne vers les pays de l’Est pour chercher des ouvriers, pourquoi ne pas régulariser tous les sans papiers sans exception qui sont déjà sur la territoire et qui n’attendent que ce geste. Il y a effectivement des sans papiers berbères qui se battent depuis des années pour leurs droits. On est à leur côté et on continuera à les soutenir.

Kabyle.com : Votre dernier pour les lecteurs de Kabyle.com ?

Abdel SADI : Ça fait plaisir de dialoguer avec vous. Ça me rapproche de l’Algérie et de la Kabylie, plus précisément Bgayet là où vit ma famille. J’ai envie de passer bonjour à toutes nos sœurs et nos frères et leur rappeler qu’on est à leur côté. Si on veut faire bouger les choses ici en France c’est ensemble qu’on y arrivera.

Entretien réalisé par Boukhelifa Zahir

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